Ekapartners et l’influence du M&A sur les implantations industrielles des groupes PGC en France (LSA)

Ekapartners et l’influence du M&A sur les implantations industrielles des groupes PGC en France (LSA)

Publié le 21 juin 2018

Spécial usines : Des stratégies industrielles sous influences

 

Quelle est l’implantation industrielle des 30 premiers groupes de PGC dans l’Hexagone ? Quelles sont leurs priorités stratégiques pour 2018 ? Éléments de réponses.

 

Unilever qui rapatrie la fabrication de ses produits Monsavon de la Pologne vers son usine du Meux (60). Le fait est suffisamment rare pour être souligné, d’autant que ce sont en général davantage les fermetures d’usines qui font l’actualité ! Une décision stratégique du groupe anglo-néerlandais, qui prouve que, malgré les difficultés économiques, sociales, fiscales pointées ici et là, la France conserve une certaine attractivité pour les fabricants de PGC. Pour en avoir une idée plus précise, LSA s’est penché sur la stratégie industrielle des 30 leaders du secteur, classement Nielsen établi sur la base du chiffre d’affaires 2017 (TTC payé aux caisses par le consommateur). Une photographie partielle naturellement, mais éclairante à bien des égards.

En termes d’implantation tout d’abord, on constate des écarts extrêmement variables. « Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de groupes mondiaux, pour qui la France ne représente souvent qu’une partie minoritaire de leur activité », souligne Éric Toulemonde, fondateur d’Ekapartners, banque d’affaires spécialisée dans les marques. On recense, par exemple, une seule usine pour Ferrero (contre 22 dans le monde) dans l’Hexagone, à Villers-Écalles (76), mais pas la moindre, puisqu’il s’y produit 600 000 pots de Nutella en moyenne chaque jour, à destination de la France mais pas seulement. Une seule également pour PepsiCo, et sans doute bientôt aucune, puisque le site d’Hermes (60), qui fabrique les jus ­Tropicana et les soupes Alvalle a été mis en vente en mars dernier. Une faible présence qui tranche avec celle de Lactalis. Le géant laitier compte 70 implantations sur le territoire français, tout comme Sodiaal. Qui, après un investissement de 100 millions d’euros en 2017, annonce une nouvelle enveloppe de 110 millions d’euros en 2018, dont la vocation est d’accompagner la mise en œuvre du plan de transformation #value, afin d’atteindre le niveau de rentabilité du top 5 européen du secteur à horizon 2025.

Fusions/acquisitions

Si certains se révèlent opaques sur le sujet, d’autres livrent les grandes lignes de leur politique industrielle. « Plusieurs éléments influent sur les stratégies. Les opérations de fusions/acquisitions tout d’abord, qui peuvent engendrer une réorganisation ou un renforcement », précise Éric Toulemonde. C’est l’exemple de Fleury Michon, qui, en rachetant Paso Traiteur voit tomber dans son escarcelle les deux sites de la PME reine du préfou. Alors qu’à l’inverse, Unilever, en se séparant d’Alsa, repris par Dr Oetker, devrait perdre le site de Ludres (54).

« Le lancement d’innovations demande aussi souvent une adaptation des outils », poursuit le consultant. Une nouvelle ligne de production a ainsi été inaugurée sur le site d’Amiens de P & G pour sa nouveauté, Ariel PurClean, mais aussi sur le site de Saint-Dizier d’Unilever, pour le lancement des glaces Kinder, en partenariat avec Ferrero, ou encore à Socx, suite à la sortie de Fuze Tea (Coca-Cola). Parfois, il s’agit aussi de suivre les nouvelles tendances de consommation. Évoluant sur un marché très dynamique, ­Carlsberg s’est doté d’une enveloppe de 23 millions d’euros destinée à moderniser sa brasserie à Obernai(67) et à poursuivre la transformation de ses produits. Tandis qu’Orangina Suntory prévoit la mise en place d’une ligne complète de remplissage aseptique pour petits et grands contenants. Et ce, dans le cadre d’un investissement plus global de 100 millions d’euros pour moderniser les lignes mais aussi accompagner la poursuite des économies en énergie et en eau.

Impact environnemental

Car, c’est le dernier enseignement de notre enquête, le développement durable concentre une grande partie des investissements à destination des usines. Leader français, Nestlé, qui annonce un montant annuel global de 200 millions d’euros, ambitionne ainsi d’atteindre le zéro impact environnemental à horizon 2030. Bel affiche sur ce point une baisse de la consommation d’eau de 25 % en quelques années et prévoit de monter en puissance sur l’utilisation d’énergies autres que fossiles. L’Oréal, de son côté, évoque des bâtiments à énergie positive et compte déjà trois usines à bilan carbone neutre.

Le secteur des PGC n’en reste pas moins fragile. « Au global, il y a eu en 2017 un solde net positif d’ouvertures d’usines avec 29 créations contre 14 fermetures, mais attention ce sont des chiffres en trompe-l’œil. Car la valeur ajoutée des entreprises de l’agroalimentaire, sous l’effet notamment de la guerre des prix, a baissé de 14 % en 2018 alors qu’en Europe, c’est + 13 %. Plus largement, on constate pour la première fois une frilosité dans les décisions pour cette année avec une baisse prévisionnelle des investissements de 5 % », prévient Stéphane Dahmani, directeur de l’économie de l’Ania. « Le climat des relations ­commerciales est un frein aujourd’hui. Pourtant, la France a un véritable patrimoine industriel. Il faut donner les moyens aux entreprises de rester compétitives », poursuit Sophie Palauqui, responsable du pôle marketing et RSE de l’Ilec.

Selon l’Ania, les besoins en investissements pour retrouver les conditions de la compétitivité sont estimés à 20 milliards à horizon cinq ans. « La France bénéficie d’un haut niveau de productivité, de bons cadres, de secteurs d’excellence, bref tout pour rayonner. Mais pour cela, il faut une politique gouvernementale très pro-business qui se traduise par une simplification fiscale et administrative et l’étincelle psychologique pour retrouver un véritable esprit de conquête », conclut Éric Toulemonde. 

Source : LSA

ekapartners
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